"Mais de qui en Europe votre nom n'est-il point connu? La renommée qui célèbre votre maison a porté le nom des seigneurs et le nom de la contrée à ceux mêmes qui n'y furent jamais. Et par le désir que j'ai d'aller là-haut, je vous jure qu'en votre race honorée se pérpétue le lustre de la bourse et de l'épée."

Dante lors de sa rencontre avec Corrado Malaspina, La Divine comédie, Le purgatoire, chant VIII.

Les Malaspina font partie d’une famille illustre d’Italie, feudataire de l’Empire, souveraine de Lunigiane pendant huit siècles et dont l’origine remonte au IXème siècle. Le premier personnage
illustre de cette famille fut Boniface 1er qui arriva en Italie en 813 dans la suite de Charlemagne de qui il obtint le gouvernement de la Toscane, territoire à partir duquel il étendit son influence jusqu’à
la Ligurie et la Corse.

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Son fils Boniface II, lui aussi marquis de Toscane, comte de Lucques et préfet de Corse s’illustra en Méditerranée et participa à diverses expéditions contre les Maures en Corse et en Afrique du Nord. C’est lui qui fonda la ville de Bonifacio en 833.Son fils Adalberto participa aux guerres en Italie et fit prisonnier le pape Jean VIII avant de se réconcilier avec lui qui le nomma administrateur et défenseur du patrimoine papal. En 884, Adalberto fonda le monastère de San Caprasio de Aulla. Son fils Adalberto II dit Il Ricco, épousa Berthe, fille de Lothaire II de Lotharingie et arrière-petite-fille de Charlemagne. A sa mort en 915, son corps fut inhumé dans la cathédrale de Lucques. C’est lui qui décida d’abandonner la loi de succession bavaroise au profit de la loi lombarde et son fils Guido lui succéda. Celui-ci épousa Marozie, maitresse du pape Serge III avec qui elle eut le futur pape Jean XI.

Avec son mari, elle fit emprisonner le pape Jean X et fit assassiner son frère sous ses yeux. C’est Marozie qui symbolise le mieux l’époque trouble de la papauté, appelée pornocratie, où plusieurs papes ne furent en fait que des proches ou des marionnettes de cette femme. A la mort de Guy de Toscane, elle épousa l’un de ses beaux-frères Hugues d’Arles et Lambert, l'autre frère de Guy, lui succéda comme marquis de Toscane et comte de Lucques. Le 13 avril 945, une sentence à Pavie du comte palatin Fanfranco nomma Oberto, descendant de Lambert, duc de Spolète, marquis de Milan, comte de Luni et comte Palatin, le titre le plus élevé qui était à l’époque réservé aux plus fidèles combattants et qui faisait de ces seigneurs les représentants de l’autorité impériale. Son territoire s’étendait à toute la Lombardie, une partie de la Suisse, l’Emilie, une partie du Piémont, de la Ligurie et de la Toscane ainsi que la Lunigiane. En 951, Oberto fut élevé à la dignité de seigneur de la marche de Ligurie Orientale et fut envoyé par le pape auprès d'Otton 1er pour l'inviter à libérer l'Italie du roi Bérenger II. Othon 1er, premier empereur du Saint Empire romain germanique, lui octroya alors de nombreux privilèges, dont celui de battre monnaie. Oberto fut ensuite envoyé à Constantinople pour escorter Théophanie, nièce de l'empereur d'Orient Jean 1er, jusqu'à la cathédrale Saint-Pierre en 972 pour son mariage avec Othon II. Ce fut donc avec Oberto qu’apparut la dynastie Obertenghi qui s'illustra pendant des siècles auprès de nombreux souverains et dont les différentes branches et donnèrent naissance quelques siècles plus tard aux maisons d’Este, de Massa –et de Massa Corsica - Parodi, de Gavi, de Pallavicino, de Cavalcabò et des princes de Brunswick et de Hanovre.

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Les deux fils d’Oberto, Adalberto 1er et Oberto II administrèrent en condominium les comtés de Luni, Gênes, Tortona et possédaient des droits sur Parme, Plaisance, Bobbio, Lavagne et Borgotaro. Adalberto eut deux enfants dont l’un, Oberto, donna naissance à la dynastie des Pallavicini et Adalberto à celle des marquis de Gavi et de Massa-Parodi. Oberto II, fils d’Oberto 1er et frère d’Adalberto 1er eut 4 enfants : Berta qui épousa Arduino, roi d’Italie en 1002 ; Hugo qui fut comte de Milan ; Alberto Azzo dont les descendants fondèrent la maison d’Este et celle de Brunswick. Enfin Oberto Obizzo fut le premier de la dynastie des Malaspina. Avec son frère Alberto Azzo, il assista en février 1014 au couronnement de l'empereur Henri II à Rome.

Le premier à porter le nom Malaspina fut Alberto, arrière-petit-fils d’Oberto Obizzo, au milieu du XIIème siècle. Grand orateur aux vertus militaires, il fut un proche de L'Empereur qu'il suivit dans sa guerre contre les Saxons. Il se rapprocha ensuite du pape Pascal II et c'est lui qui probablement fonda l’ermitage de San Alberto di Butrio, près d’Oramala pour remercier saint Albert d’avoir guéri son fils né sourd et muet. Une fresque à l’intérieur de l’ermitage rappelle l’importance de la famille Malaspina dans l’histoire de ce lieu. Le château d’Oramala y est représenté, ainsi que le marquis Albert, agenouillé, faisant une offrande à la Vierge et l’Enfant. Le blason du marquis, en-dessous permet de l’identifier.

Son fils Obizzo 1er Le Grand,fut l’un des premiers Malaspina à s’illustrer par son courage et sa vigueur sur les champs de bataille. C’est lui qui entreprit au début du XIIème siècle la conquête de vastes territoires en Lunigiane et plus généralement dans la vallée padane. Riche et puissant seigneur à la tête d’un vaste fief qui s’étendait des deux côtés des monts Apennins dans le val de Trebbia, la val Staffora, en Ligurie et en Toscane, il fut un précurseur de la lutte contre les communes italiennes qui commencèrent à s’émanciper à partir du XIIème siècle avec le développement du commerce, des échanges et des villes-marchandes. Ses territoires se trouvaient ainsi entourés par des villes comme Gênes, Plaisance et Tortone qui menaçaient l’existence de son domaine par les vues qu'elles avaient sur la Lunigiane. Il dût alors s’opposer aux Génois et aux évêques de Luni et en 1113, il réussit à obtenir un débouché sur la mer pour ses terres en occupant Porto Venere sur la côte ligurienne. Il intégra ensuite la Ligue Lombarde dont il devint l’un des chefs pour s’opposer aux visées hégémoniques de l’Empereur et poursuivit sa lutte contre Pise, Lucques, Gênes et Plaisance. En 1155, Obizzo organisa la résistance de Tortone contre l’Empereur Frédéric 1er Barberousse. Celui-ci triompha et détruisit la cité mais admiratif des qualités d’Obizzo, il lui offrit de se battre à ses côtés et lui concéda, à Pavie, le 29 septembre 1164, l’investiture pour lui et ses fils sur de nombreux fiefs qu’il possédait en Lombardie, dans le Piémont, en Ligurie et dans l’Emilie.

En 1167, l’Empereur, qui rentrait de Rome, se trouva bloquer par les armées de Pontremoli et Obizzo intervint pour le protéger et lui ouvrir un passage à travers les monts Apennins.

Quelques années plus tard, Obizzo changea à nouveau de camp et se battit du côté de la Ligue Lombarde contre l’Empereur revenu en Italie. Il participa alors, avec les plus grands seigneurs italiens de cette époque à la Paix de Constance en 1183 qui reconnut à la fois la liberté des villes italiennes et la suzeraineté impériale sur celles-ci. Obizzo mourut en 1185 et laissa son immense domaine à ses deux fils Obizzone et Moroello. Ceux-ci continuèrent un temps la lutte et acquirent les fiefs détenus jusqu’alors par la maison d’Este – une branche cousine- ainsi qu’une partie de la Sardaigne, et signèrent une paix avec Plaisance et une autre avec les évêques de Luni en 1202 qui reconnaissait toutes leurs possessions en Lunigiane. Le troisième fils d’Obizzo, Alberto, dit Moro, resta en Lombardie, dans le val Staffora au château d’Oramala appelé Le Nid des faucons. Celui-ci obtint en 1194 lors de la paix avec Plaisance le château de Grondola en Lunigiane. Il épousa Béatrice, la fille des puissants marquis de Montferrat, dont la beauté fut célébrée par les troubadours de l’époque. Alberto fut un seigneur aimé, amoureux de la poésie. Il hébergea dans son château les plus célèbres troubadours occitans de son temps qui avaient fuit le sud de la France.

En 1221, Corrado,le fils de Moroello, et Obizzino décidèrent de se partager le fief paternel et donnèrent naissance à deux vastes domaines : Corrado obtint les terres situées sur la rive droite du fleuve Magra en Lunigiane – plus Villafranca – ainsi que les territoires dans le Val Trebbia et conserva l’emblème familial du Spino Secco. Il installa sa capitale à Mulazzo. Obizzino, qui eut les autres terres sur la rive gauche du fleuve Magra plus celles dans le val Staffora, s’installa à Filattierra et donna naissance à la branche du Spino Fiorito. La division fut décidée le 28 août 1221 à Plaisance.

L’accord fut accepté par l’empereur Fréderic II qui s’arrêta à son retour de Rome en Lunigiane. L’investiture fut d’autant plus facile à obtenir que Corrado avait épousé Constance, la fille de Fréderic.

Du fait des nombreuses divisions entre les descendants de ces deux marquis, conséquence de l’application de la loi lombarde, de nombreux autres fiefs apparurent. Les fils de Constance et de Corrado se partagèrent dès 1266 le domaine du Spino Secco en quatre domaines : Giovagallo, Mulazzo, Villafranca et Val Trebbia. De l’autre côté du fleuve Magra la branche cousine, - les fils d’Obizzino- avaient déjà à cette époque divisé le domaine du Spino Fiorito en trois fiefs : Olivola, Verrucola et Filattierra.

Les fiefs du Spino Secco

En 1221, le grand fief de Corrado était un vaste domaine situé essentiellement sur la rive droite du fleuve Magra dont la capitale était à Mulazzo. Ce fief comprenait également de nombreux domaines dans les vallées Trebbia et d’Aveto ainsi qu’en Sardaigne. En 1266, les 4 fils de Corrado décidèrent de se partager l’immense fief paternel.

Les fiefs du Spino Fiorito

Lors des partages du 18 avril 1275, Alberto, fils d’Obbizino marquis de Filattiera, et ses neveux, Francesco (fils de Barnabo), Gabriele et Azzolino (fils de Isnardo) obtinrent l’ensemble des fiefs situés sur la rive droite du fleuve Magra ainsi que ceux qui se trouvaient dans les vallées Staffora et Curone. Ils se partagèrent alors l’immense fief du Spino Fiorito et leurs descendants procédèrent à de nombreuses partitions au cours des siècles.